Crépuscule sur la planète auto-métamorphique de Jérémy Perrodeau

Avec la disparition d'un simple garde-forestier sur une planète, et l'enquête qui s'ensuit,  Jérémy Perrodeau nous convie sur une planète métamorphique qui fait signe de tout bois de ses errements plastiques et naturels. De quoi ses dysfonctionnements sont-ils le nom et pourquoi apparaissent-ils justement à ce moment précis? Enquête géométrique.

Sur une planète isolée, un garde-forestier s’aventure dans une nature transformée, avant de disparaître des radars de la station orbitale… Bien plus tard, Paul, Sofia, Karl et Ottö, deux agents humains accompagnés de deux androïdes, s’enfoncent à leur tour dans cette même planète en quête d’une équipe de scientifiques disparue. Or cette planète ne ressemble à rien de connu : des macarons sortent des troncs d’arbres, des rectangles pullulent des rochers et des phénomènes étranges – tempêtes gravitationnelles, distorsions espace-temps – ébranlent ce monde qui semble se déplacer. Le résultat d’un ratage originel ? Les Indiens ont peut-être la réponse…

En mode Lego, c’est à une aventure graphique autant qu’à un récit d’exploration que nous convie Jérémy Perrodeau, pas loin de la série culte Lost (ou de la BD Biotope de Brüno et Appollo). Les formes géométriques ont envahi un environnement altéré, ouvert aux décalages temporels et autres déformations de la matière. Pourquoi cette planète dysfonctionne-t-elle ? Quid de l’avenir des scientifiques ? Que cherchent-ils au juste et où vont-ils?

En posant beaucoup de questions sans y répondre, Jérémy Perrodeau ferre son lecteur autour du dessein étrange de ces personnages en sursis. Mais aussi à cette nature, largement contemplée, décor qui devient un personnage à part entière : pas vraiment hostile, l’écosystème montre des protubérances géométriques, symptômes d’un monde régi par des forces supra-humaines.
L’auteur, avec son trait dépouillé, joue sur les formes, les temporalités et les teintes – rouge, jaune et bleu incarnent différentes époques – pour donner du rythme à cette expédition, variant les points de vue et les intrigues. Et si le récit ne frustre pas malgré tout, c’est que la quête est plus importante que son horizon, Perrodeau « géométrisant » le réel pour mieux le réenchanter et insuffler la vie. Une démarche toute romantique. Et c’est peut-être encore dans le titre que réside la clé d’un récit poétique, à l’étrangeté fascinante. Car l’essentiel n’est pas de savoir où l’on va mais, bien, de vivre l’expérience. Le vertige du dépaysement en somme.

Karel  Kandinky (avec Bodoï)  le 13/11/17

Crépuscule de Jérémy Perrodeau, éditions  2024