Réinventer le soleil avec Greentea Peng en mode combatif

Pas simple, surtout en Angleterre, d’être fille de peu - entendre par là, passer de HLM en HLM défavorisé - de Londres Sud à Hastings, et même en bord de mer. Mais cela ne change rien à l’affaire, avec des rêves en grand et une quête de sens - et de soleil ici - omniprésents. Aria Wells aka Greentea Peng retrouve et développe et la néo-soul et le trip hop de Bristol ou le dub londonien qui faisaient les grandes nuits des 90’s en version 2025. Et ça tape juste ; Tell Dem It’s Sunny avec amour, passion et ironie.

Greentea Peng  sort  son second album de 14 titres à la fois profondément introspectif et riche sur le plan sonore, à base de r’n’b spirituel, cru et psychédélique.  Vous pouvez chercher des correspondances autant du côté de Massive Attack que Erikah Badu ou Earl Sweetshirt, avec la culture actualisée des sound systems londoniens qui font le fond de la culture black depuis les 70’s. Elle y aborde autant la recherche de sa place dans le monde, l'essence brute de l’être humain et la relation complexe avec soi-même. Rien de très étrange puisque c’est le quotidien des gens de couleurs en Europe mais depuis peu, aussi en Angleterre avec la remontée des crétins d’extrême-droite qui essayent de récupérer les déçus du Brexit, comme Retailleau ici ou Jourdain Bordelleux en tête de gondole.

« Dites-leur ce que vous voulez. Exploration de l'auto-politique, des fils qui composent ce patchwork qu'est la vie, toute d'histoire, de pensée et d'émotion. Des hauts et des bas, des flux et des reflux. Cet album est la vague qui rejoint l'anse, une expiration, la fermeture d'un livre. Des morceaux collés de l'âme à la recherche de nouvelles pages. 

TELL DEM IT'S SUNNY, au-dessus du chemin nuageux de la recherche de soi. Merci d'avoir écouté ! » 

- Greentea Peng

Une voix d’enfant, imitant celle de sa mère, introduit le titre de l’album, nous rappelant le contexte transformateur dans lequel cette nouvelle œuvre de Greentea Peng prend forme. Le paysage sonore est humide et presque surnaturel. Des exclamations chamaniques se mêlent à des lignes de basse qui ondulent, comme la respiration profonde d’un esprit mystérieux de la jungle en repos. Greentea Peng laisse flotter une incantation sur ces notes fantomatiques, à la fois apaisante et pleine de confiance. L’invitation qui nous est faite est celle de l’inconnu, un appel à libérer de l’espace intérieur pour accueillir ce qui est à venir. un peu de l’eau qui coule sur la matière des 90’s, du connu vers l’inconnu, du pressentiment à l’accomplissement. Une maison dont chaque pièce reflète un rêve ou une merde, mais qui fait sens au fil de la visite et retrouver ses sensation en jachère, des morceaux d’oubli qui étaient bien là, mais planqués en arrière-fond et qui remontent aujourd’hui nantis d’une autre lumière. Et merci pour les putains de basse ! Super album, star en perspective.

Jean-Pierre Simard, le 24/03/2025
Greentea Peng - TELL DEM IT'S SUNNY - Greentea Peng